Pour son efficacité, « l’Aide Humanitaire » doit mettre au centre les personnes affectées et les acteurs locaux.

Pour son efficacité, « l’Aide Humanitaire » doit mettre au centre les personnes affectées et les acteurs locaux.

Dans une conférence de presse organisée mercredi 31 décembre 2025, le Conseil National des Fora (forums) des Organisations Humanitaires et de Développement (CONAFOHD/RDC) a expliqué aux journalistes, tous médias confondus, oeuvrant à Goma, chef-lieu de la Province du Nord-Kivu, son organisation, sa mission, ses objectifs, sa composition, ses activités, ses valeurs, voire ses perspectives à venir, dans le processus de financement des activités humanitaires sur toute l’étendue du territoire national.

Pour ceux qui ne le savent pas, « CONAFOHD » est une structure humanitaire, composée de 500 organisations se trouvant dans cinq (5) plateformes, selon les zones, des organisations humanitaires nationales, dont 124 du Nord-Kivu qui travaillent dans tous les secteurs de la vie en République Démocratique du Congo. Pour cette structure, désormais le financement des activités humanitaires doit passer par les organisations humanitaires nationales qui sont en contact permanant avec les communautés affectées.

Dans ce sens, l’action humanitaire sera efficace lorsqu’elle mettra au centre de toutes ses actions, les acteurs locaux qui contribuent à la validation des alertes, l’évaluation des besoins et l’orientation des financements.

Voilà ce que « CONAFOHD » se donne comme mission, celle de défendre les besoins réels des communautés affectées, de réduire les impacts des crises et de garantir que les financements soient utilisés de manière juste et transparente, ajoute dans un ton ferme le docteur, De-Joseph Kankisingi, le Coordonnateur National de cette structure humanitaire.

Quid de la Localisation Humanitaire ? 

La localisation humanitaire consiste à mettre les communautés affectées par la crise au centre de l’action humanitaire, afin de réduire les transactions financières qui contribuaient à l’inefficacité de l’aide humanitaire sur le terrain.  Grâce aux plaidoyers menés par « CONAFOHD », la politique de localisation des fonds a largement évolué, explique avec fierté, Florent Babi, l’exécutif de cette structure. À l’époque, moins de 3 % des financements humanitaires parvenaient directement aux ONG locales. C’est pourquoi, toutes les parties prenantes s’étaient alors fixés l’objectif d’atteindre 25 % de financement direct au profit des organisations locales dans un délai de cinq ans.

Mais cinq ans plus tard, en 2021, nous n’avons même pas atteint les 5 % de fonds destinés à l’aide humanitaire locale », déplore Florent Babi. Aujourd’hui, une part beaucoup plus importante doit être directement allouée aux acteurs locaux, sur 20 millions de dollars par exemple, 12 millions doivent désormais être destinés aux organisations nationales, se félicite docteur Joseph qui fait la diplomatie humanitaire avec les organisations internationales en faveur des organisations humanitaires nationales, membres du CONAFOHD.

Dans la salle de conférence, sur une affiche placardée au mur, il est écrit, « pour que la localisation devienne une réalité, tous les acteurs humanitaires doivent s’engager dans une transformation profonde, partager dans un langage commun, reconnaitre la valeur stratégique du leadership local, et accompagner les approches contextualisées plutôt que standardisées ». Ainsi que le docteur De-Joseph signe en disant, « la localisation n’est pas un slogan, c’est un processus collectif, réfléchi, structuré et assumé. »

Des avancées observées

Ces avancées permettent déjà aux ONG nationales de participer pleinement à la prise des décisions et d’influer sur les priorités humanitaires. Cependant, le processus décisionnel se déploie en plusieurs étapes qui sont entre autres :

  • Le cluster reçoit les alertes des ONG se trouvant sur le terrain et en valide certaines ;
  • Celles-ci sont ensuite transmises à la COP provinciale, où elles sont discutées et évaluées techniquement ;
  • L’Equipe Pays intervient pour voter et orienter les choix de l’intervention ;
  • Tandis que le Conseil Consultatif du Fonds humanitaire, où siègent trois représentants du CONAFOHD, répartit les financements disponibles.

Cette présence permet de modifier la politique de localisation des financements avec des retombées positives pour les communautés locales, car certaines zones étaient oubliées.

Selon le docteur De-Joseph, les plaidoyers de « CONAFOHD » ont également ouvert l’accès direct des ONG nationales au Fonds humanitaire, renforçant ainsi leur crédibilité auprès des bailleurs.  « Ces derniers exigent désormais que les ONG internationales travaillent en consortium avec des acteurs locaux, élargissant ainsi les opportunités de financement. Des formations, symposiums et espaces de rencontre sont régulièrement organisés pour favoriser les échanges et renforcer les capacités. »

Les journalistes de tous médias confondus oeuvrant à Goma , invités à cette conférence de presse sur la couverture responsable de l’action humanitaire qui doit mettre en exergue les acteurs humanitaires locaux. .

Le rôle de la presse

En rappelant la mission de cette structure, Florent Babi, son exécutif indique que, le « CONAFOHD » est un organisme fédérateur de toutes les organisations humanitaires nationales pour qu’elles parlent un même langage. Ce qui s’appelle la « localisation de l’aide » qui veut que l’aide soit portée par les communautés et pour les communautés, en réduisant le rôle des intermédiaires, a-t-il expliqué. C’est pourquoi, ajoute-t-il, la presse est invitée à jouer pleinement son rôle de quatrième pouvoir en laissant une place de choix dans leur programmation des activités humanitaires au niveau local. « Nous attendons des journalistes qu’ils portent haut la voix des communautés, qu’ils luttent contre la désinformation et qu’ils rappellent que la première réponse à une crise vient toujours des communautés elles-mêmes ».

Pour rappel, dans cette conférence de presse, les discussions ont mis en avant les quatre piliers de la localisation :

  • Partenariats équitables,
  • Financement de qualité,
  • Coordination avec les autorités ;
  • Renforcement des capacités ».

Mais aussi en soulevant le plus grand défi que rencontre le processus de la localisation humanitaire : « l’absence d’une loi sur l’action humanitaire en RDC ». Car sans ce cadre légal, le gouvernement ne peut jouer son rôle de premier intervenant de toute crise humanitaire au pays avant l’arrivée des partenaires internationaux. C’est pourquoi, le CONAFOHD plaide pour l’adoption d’une telle loi, convaincu qu’elle garantirait des fonds souverains et renforcerait la réponse nationale.

Mariam Kayuya et Cosmas Mungazi

 

Comments (0)
Add Comment